Edito [Jeudi 28 novembre 2002] Ancien Musée de Grenoble (France)
18h30 Inauguration Ancien Musée
"Esthétiques des Migrations",
deuxième volet d'une thématique généreuse, à travers laquelle les
musiques les plus ancrées dans leurs traditions vont dialoguer avec
les recherches les plus musicales. Les musiques populaires des quatre
coins du monde partent en voyage avec leurs cousines les plus sophistiquées,
les plus aventureuses. Nous familiariser avec l'inconnu tel est
l'un des objectifs que nous propose pour la 14ème fois le festival
des 38e Rugissants.
Benoît Thiebergien, le directeur des festivités ouvre seul avec
un discours concis. Pour illustrer cette esthétique migratoire,
lui succède le Trio d'Argent qui se produira mercredi dans un concert
où leurs flûtes vont partir à la recherche du mystère aztèque. Ce
soir il nous offre une pièce baptisée "Transe africaine". Ils nous
plongent dans une jungle paisible. Leurs souffles sont légers, sereins,
harmonieux. Cette jolie mise en bouche passée nous rejoignons "l'Heure
Bleue" pour le premier concert, pour le premier événement
20h30 Yvette Horner-Pascal Contet "Doubles
Jeux" L'Heure Bleue St
Martin d'Hères
La première migration
est intérieure. Dans tout l'Hexagone le nom d'Yvette Horner
résonne aussi fort que celui de Marianne. Mais loin de se
figer dans un buste de stuc ou du plâtre, Yvette n'a cessé
d'évoluer. Icône populaire, d'hier, symbole d'une France
créative et libérée par l'impulsion de Jean-Paul
Gaultier en début de journée, elle vient ce soir nous
étonner dans une rencontre inédite.
Pascal Contet étire lui on accordéon à l'autre
bout du spectre musical, là où la musique se cherche
de nouveaux défis, rêvait de rencontrer la reine des
bals populaires. Yvette Horner que les nouveaux territoires passionnent
ne fut que trop heureuse de croiser son soufflet et ses boutons
argentés avec le jeune musicien contemporain.
Le spectacle prend vie sur une valse lunaire qui nous indique l'ambiance
générale. Entre la terre et le ciel, une heure durant
les deux artistes nous propulsent en apesanteur. Nous ne savions
pas que le piano à bretelles pouvait être aussi sidéral,
évoquer avec tant d'acuité les circonvolutions des
planètes.
Dans ses passages en solitaire Pascal Contet se tourne vers l'abstraction
(pièces de Rebotier ou Nordheim), la poésie humoristique
teintée d'irréel de Drouet ou les acrobaties savantes
de Scarlatti.
Yvette Horner revisite l'art baroque de Carl Philip Emmanuel Bach
ou nous laisse apprécier sa subtile écriture qui habille
de nobles élégances la légèreté
de la musette. Quand elle joue son dynamisme semble sans fin et
sa présence est immense.
Ensemble ils traversent toutes ces frontières avec un plaisir
évident et une grande humanité. Ils nous émeuvent
par leur fraîcheur et leur enthousiasme à se donner
la réplique. Ils jouent comme des monstres sacrés
sur la scène d'un théâtre aussi à l'aise
dans la comédie que dans le drame antique. Ils se jouent
des clivages jubilant avec autant d'inventions sur une pièce
inédite de Christian Lauba que sur un air d'apparence éculé
comme ce "Fleurs de Paris" d'Henri Bourtayre. La conjugaison
de leurs deux talents est un bonheur. Cette migration à travers
l'esthétique européenne est aussi prenante et étonnante
qu'une traversée du cosmos, aussi douce et touchante que
le battement de deux curs à l'unisson.