Un cycle électronique
évolutif accueille le spectateur dès son arrivée
dans la salle. Une boucle qui nous tourne vers nous même,
nous pousse à l'introspection, à un certain recueillement..
Lorsque l'auditoire s'est stabilisé, que l'onde a fini de
parcourir sa spirale, la salle plonge dans l'obscurité et
le fond de scène se teinte d'un bleu mi-azuréen, mi-cathodique.
Juché sur un pupitre élevé dans le coin gauche
de la scène Aldo Brizzi scrute et sculpte les sons issus
des spirituelles rencontres qu'il a initiées pour cette uvre.
Les premiers intervenants sont les membres du Trio
d'Argent qui nous ont largement prouvé leurs qualités
lors de la soirée du 4 décembre.
La pièce que le compositeur italien leur a écrite
transforme leurs flûtes en un escadron d'oiseaux apeurés
par le monde qu'ils sillonnent. En constatant la dureté des
comportements de ses habitants, l'appauvrissement de l'atmosphère
planétaire nous trouvons mille raisons d'adhérer à
cette douleur qui pourtant peut s'amoindrir. Par exemple au contact
de la voix de Neela Bhagwat et de son tendre et sage chant khayal.
Ses mélopées s'élèvent vers le ciel,
non sans avoir profondément résonné en nous,
déclenchant un début d'apaisement ouvrant la voie
vers une attitude plus juste, vers plus de sérénité
Quand le chant hindoustani s'estompe, il laisse la place à
d'autres croyances musicales. Celles issues du candomblé,
que les percussionnistes bahianais de Terra em Transe perpétuent
sur leurs tambours. Les rythmes afro-brésiliens rencontrent
les vérités ouvertes du trio d'Argent puis le chant
mystérieux du lapon Wimme Saari adepte de la tradition chamanique
joik.
Aldo Brizzi suit tout cela de très près, puisant dans
les sons émis par les musiciens pour les superposer, les
spacialiser ou les transformer.
Toutes ces sensibilités auront d'autres occasions de se développer
ou de s'unir. La plus belle union est sans doute celle de la voix
gutturale du lapon et des aériennes vocalises de Neela Bhagwat.
Les sillons infinis d'Aldo Brizzi mettent en avant des pratiques
musicales profondes qui depuis le fond des âges ont conservé
tout leur sens. Témoins de ce lien que l'homme tente de conserver
entre lui et tout ce qui l'entoure, l'autre, la nature et l'univers.
Cette question béante qui en elle-même contient sa
réponse : " Qui suis-je ? Un être qui se questionne
sur sa nature et son environnement. "
Avec "Endless Trails" Aldo
Brizzi nous démontre que l'homme moderne, s'il veut survivre,
doit réapprendre à s'écouter sincèrement
et questionner avec humilité et respect les énergies
qui l'entourent. Retrouver une spiritualité qui équilibre
les principes ancestraux avec une approche moderne et ouverte.
22h30 l Ancien Musée de
Grenoble
[19h30 Salvador de Bahia] "Nuit
de clotûre" - Bibliothèque
de l'Ancien Musée
Comme l'an passé pour le concert en duplex
avec Johannesburg, le musicien concepteur multimédia niçois
Luc Martinez est le maître d'uvre de ce Satellite Cabaret
qui doit réduire les deux heures de décalage horaire
qui sépare Grenoble et Salvador de Bahia à une fraction
de seconde.
Il a bâti la programmation de cet événement
avec le compositeur Aldo Brizzi et le directeur des 38e Benoît
Thiebergien et une équipe encadré par Mondomix assure
la captation vidéo.
Le public qui s'est réunit dans le théâtre de
l'Alliance Française de Bahia portent des tenues légères,
t.shirt et débardeurs. Emmitouflés dans nos manteaux,
nos cols roulés et nos écharpes nous les envions un
peu. Mais malgré ce détail climatique et les milliers
de kilomètres qui nous séparent nous nous sentons
proche d'eux.
De nombreux participants de ses dix jours de festival vont partager
avec des musiciens brésiliens un instant de grâce en
réseau et procéder à un échange d'énergies
spirituelles et poétiques.
C'est d'abord Jorge López Palacio qui, après
nous avoir présenté jeudi " Wora, cantate de
l'étoile du matin ", rencontre Marlui Miranda. L'artiste
anthropologue colombien et la musicienne amérindienne se
comprennent au quart de tour. Ils croisent les timbres de leurs
flûtes primitives pour réveiller l'esprit originel
de la communication, qui à travers les écrans se faufile
entre Bahia et Grenoble. Un large tambourin sur l'épaule,
il scande un rythme tribal qui lui inspire une mélopée
aux paroles sans doute magiques.
Une fois la liaison assurée de la bienveillance des bons
génies les rencontres se poursuivent.
Rom, non pas avec Pascal Contet, mais avec Birra Reis, mêlent
ses boucles digitales aux instruments étranges créés
par le bahianais Smetak. Ensuite les percussionnistes de Terra Em
Trans, disséminés entre les deux salles se recomposent
à l'intérieur des signaux satelitaires, puis sont
rejoints par le Trio d'Argent.
Plus tard Neelah Bhagwat, aidé par les résonances
de sa tampura improvise une mélodie sur la voix d'Arnaldo
Antunes, qui s'il ne pouvait être à Bahia a voulu participer
à cet échange en enregistrant un message poétique,
diffusé depuis le théâtre de l'Alliance Française.
Parfois au Brésil, parfois ici, comme un clin d'il
du regard collectif la liaison se coupe brièvement et ces
brèves interruptions soulignent l'aspect exceptionnel et
fragile de l'évènement.
Le tambourinaire italien Carlo Rizzo et son instrument aux améliorations
uniques a rendez-vous avec le roi du pandero Marcos Suzano. Profitant
au mieux des fractions de secondes de décalage, les deux
virtuoses entrent dans une joute rythmique jubilatoire qui restera
comme l'un des moments forts de la soirée. Lui succède
un autre instant magique, Marlui Miranda revient pour dialoguer
avec Wimme Saari, le lapon évoque le langage des animaux
la Brésilienne se fait l'écho des sons de l'Amazonie.
Ils unissent les forces du grand Nord et de l'équateur résumant
l'essence des cultures des deux hémisphères.
Carlo Rizzo revient pour offrir des battements
allègres aux flûtes du maître de cérémonie
Luc Martinez qui laisse sa place à Frédéric
Galliano, Gerard Torres et Hadja Kouyaté. Après une
rencontre un peu sourde avec les rockers de Lampironicos ceux-ci
terminent la nuit par une prestation honnête, Galliano précisant
que ne s'agissant pas de son groupe habituel le show n'est pas tout
à fait conforme à ses habitudes.
Une batucada grenobloise, qui un peu plus
tôt a fait irruption dans l'ancien musée et conséquemment
aussi dans le Théâtre de L'alliance Française
de Bahia poursuit la fête écrans éteints. Quand
ce mini carnaval s'achève, Rom prend les platines pour laisser
les festivaliers atterrir sur des tempos subtils.
Ce Dupleix fut une grande réussite. Les échanges ont
été aussi fluides qu'enrichissant. Les artistes nous
ont fait vivre des émotions qui elles n'ont rien de virtuelles