Edito
[Samedi 7 décembre 2002]
Ancien Musée de Grenoble (France)

Le journal de bord a été réalisé sous la direction de :

Mondomix.org
Benjamin MiNiMuM (Textes, photos, coordination) et
Marc Benaïche (Production) )

et la collaboration de :
Rafaelle Bove (Vidéos, Interviews)
Eric Recoura (Vidéos, Interviews)
Jeremy Tervel (Vidéo, son)
Aurélien Darnaud (Vidéo, son)
Pierre Filmon (Réalisation vidéos)
Pierre-Alain Baud (Interviews)
Myrtille ( vidéos)
Philippe Lainé (Réalisation captation dupleix)
Olivier Jaboin (Chef de projet)

 



20h "Endless Trails" - Hexagone – Meylan

Un cycle électronique évolutif accueille le spectateur dès son arrivée dans la salle. Une boucle qui nous tourne vers nous même, nous pousse à l'introspection, à un certain recueillement..
Lorsque l'auditoire s'est stabilisé, que l'onde a fini de parcourir sa spirale, la salle plonge dans l'obscurité et le fond de scène se teinte d'un bleu mi-azuréen, mi-cathodique. Juché sur un pupitre élevé dans le coin gauche de la scène Aldo Brizzi scrute et sculpte les sons issus des spirituelles rencontres qu'il a initiées pour cette œuvre.

Les premiers intervenants sont les membres du Trio d'Argent qui nous ont largement prouvé leurs qualités lors de la soirée du 4 décembre.
La pièce que le compositeur italien leur a écrite transforme leurs flûtes en un escadron d'oiseaux apeurés par le monde qu'ils sillonnent. En constatant la dureté des comportements de ses habitants, l'appauvrissement de l'atmosphère planétaire nous trouvons mille raisons d'adhérer à cette douleur qui pourtant peut s'amoindrir. Par exemple au contact de la voix de Neela Bhagwat et de son tendre et sage chant khayal. Ses mélopées s'élèvent vers le ciel, non sans avoir profondément résonné en nous, déclenchant un début d'apaisement ouvrant la voie vers une attitude plus juste, vers plus de sérénité

Quand le chant hindoustani s'estompe, il laisse la place à d'autres croyances musicales. Celles issues du candomblé, que les percussionnistes bahianais de Terra em Transe perpétuent sur leurs tambours. Les rythmes afro-brésiliens rencontrent les vérités ouvertes du trio d'Argent puis le chant mystérieux du lapon Wimme Saari adepte de la tradition chamanique joik.
Aldo Brizzi suit tout cela de très près, puisant dans les sons émis par les musiciens pour les superposer, les spacialiser ou les transformer.
Toutes ces sensibilités auront d'autres occasions de se développer ou de s'unir. La plus belle union est sans doute celle de la voix gutturale du lapon et des aériennes vocalises de Neela Bhagwat.

Les sillons infinis d'Aldo Brizzi mettent en avant des pratiques musicales profondes qui depuis le fond des âges ont conservé tout leur sens. Témoins de ce lien que l'homme tente de conserver entre lui et tout ce qui l'entoure, l'autre, la nature et l'univers. Cette question béante qui en elle-même contient sa réponse : " Qui suis-je ? Un être qui se questionne sur sa nature et son environnement. "

Avec "Endless Trails" Aldo Brizzi nous démontre que l'homme moderne, s'il veut survivre, doit réapprendre à s'écouter sincèrement et questionner avec humilité et respect les énergies qui l'entourent. Retrouver une spiritualité qui équilibre les principes ancestraux avec une approche moderne et ouverte.

22h30 l Ancien Musée de Grenoble
[19h30 Salvador de Bahia]
"Nuit de clotûre" - Bibliothèque de l'Ancien Musée

Comme l'an passé pour le concert en duplex avec Johannesburg, le musicien concepteur multimédia niçois Luc Martinez est le maître d'œuvre de ce Satellite Cabaret qui doit réduire les deux heures de décalage horaire qui sépare Grenoble et Salvador de Bahia à une fraction de seconde.
Il a bâti la programmation de cet événement avec le compositeur Aldo Brizzi et le directeur des 38e Benoît Thiebergien et une équipe encadré par Mondomix assure la captation vidéo.
Le public qui s'est réunit dans le théâtre de l'Alliance Française de Bahia portent des tenues légères, t.shirt et débardeurs. Emmitouflés dans nos manteaux, nos cols roulés et nos écharpes nous les envions un peu. Mais malgré ce détail climatique et les milliers de kilomètres qui nous séparent nous nous sentons proche d'eux.
De nombreux participants de ses dix jours de festival vont partager avec des musiciens brésiliens un instant de grâce en réseau et procéder à un échange d'énergies spirituelles et poétiques.

C'est d'abord Jorge López Palacio qui, après nous avoir présenté jeudi " Wora, cantate de l'étoile du matin ", rencontre Marlui Miranda. L'artiste anthropologue colombien et la musicienne amérindienne se comprennent au quart de tour. Ils croisent les timbres de leurs flûtes primitives pour réveiller l'esprit originel de la communication, qui à travers les écrans se faufile entre Bahia et Grenoble. Un large tambourin sur l'épaule, il scande un rythme tribal qui lui inspire une mélopée aux paroles sans doute magiques.
Une fois la liaison assurée de la bienveillance des bons génies les rencontres se poursuivent.
Rom, non pas avec Pascal Contet, mais avec Birra Reis, mêlent ses boucles digitales aux instruments étranges créés par le bahianais Smetak. Ensuite les percussionnistes de Terra Em Trans, disséminés entre les deux salles se recomposent à l'intérieur des signaux satelitaires, puis sont rejoints par le Trio d'Argent.
Plus tard Neelah Bhagwat, aidé par les résonances de sa tampura improvise une mélodie sur la voix d'Arnaldo Antunes, qui s'il ne pouvait être à Bahia a voulu participer à cet échange en enregistrant un message poétique, diffusé depuis le théâtre de l'Alliance Française.
Parfois au Brésil, parfois ici, comme un clin d'œil du regard collectif la liaison se coupe brièvement et ces brèves interruptions soulignent l'aspect exceptionnel et fragile de l'évènement.
Le tambourinaire italien Carlo Rizzo et son instrument aux améliorations uniques a rendez-vous avec le roi du pandero Marcos Suzano. Profitant au mieux des fractions de secondes de décalage, les deux virtuoses entrent dans une joute rythmique jubilatoire qui restera comme l'un des moments forts de la soirée. Lui succède un autre instant magique, Marlui Miranda revient pour dialoguer avec Wimme Saari, le lapon évoque le langage des animaux la Brésilienne se fait l'écho des sons de l'Amazonie. Ils unissent les forces du grand Nord et de l'équateur résumant l'essence des cultures des deux hémisphères.

Carlo Rizzo revient pour offrir des battements allègres aux flûtes du maître de cérémonie Luc Martinez qui laisse sa place à Frédéric Galliano, Gerard Torres et Hadja Kouyaté. Après une rencontre un peu sourde avec les rockers de Lampironicos ceux-ci terminent la nuit par une prestation honnête, Galliano précisant que ne s'agissant pas de son groupe habituel le show n'est pas tout à fait conforme à ses habitudes.

Une batucada grenobloise, qui un peu plus tôt a fait irruption dans l'ancien musée et conséquemment aussi dans le Théâtre de L'alliance Française de Bahia poursuit la fête écrans éteints. Quand ce mini carnaval s'achève, Rom prend les platines pour laisser les festivaliers atterrir sur des tempos subtils.
Ce Dupleix fut une grande réussite. Les échanges ont été aussi fluides qu'enrichissant. Les artistes nous ont fait vivre des émotions qui elles n'ont rien de virtuelles

Benjamin MiNiMuM


 
Galerie d'Images

Vidéo [1] [2]

Aldo Brizzi

"
Endles trails" avec Le trio d'Argent et Neela Bhagwat

3'03"




Satellite Cabaret

"Carlo Rizzo rencontre Marcos Suzano"

1'48"






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