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Edito
[Dimanche 30 novembre 2003]
Musée Dauphinois - Grenoble
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17h
Zarsanga & l’Ensemble Galata
: "Une
soirée à la cour d'Antioche"
Aux belles heures de la cité d'Antioche, peu avant la naissance
du Christ, la poésie était florissante dans la capitale
de l'Orient Romain. Artistes, savants et poètes s'y pressaient
et célébraient le culte de Bacchus et Vénus,
jusqu'à ce que les premiers apôtres s'y réfugient
et s'y fassent baptiser sous le nom de chrétiens.
De nos jours, pour trouver Antioche tout comme pour découvrir
Galata, il faut rejoindre la Turquie, à moins de rejoindre
ce dimanche les hauteurs de Grenoble.
Au cœur de l'ancien couvent de Sainte-Marie-d'en-Haut, le
Musée Dauphinois ouvre les portes de sa splendide chapelle
du début du 17ème siècle à une rencontre
poétique et courtoise qui se moque du temps et des frontières.
Inscrit dans le double cadre des 38e Rugissants et des Matinées
Musicales du Musée Dauphinois, dès 17 heures, le
concert "Une soirée à la cour d'Antioche"
commence.
Dans la lumière solaire du cœur de la nef, devant
un retable aussi finement ciselé que doré, le cistre
de Michaël Grébil, la vièle de Garth Knox,
la flûte de Magali Imbert et les percussions orientales
d' Adel Shams el-Din entament une allègre chevauchée
aux confins de l'Occitanie moyenâgeuse en revisitant une
œuvre guillerette du chanoine poète et musicien Guillaume
de Machaut. Sur la deuxième pièce, due à
un anonyme, l'Ensemble Galata ralentit l'allure. Les hommes sont
assis, le cistre est joué à l'archet, la flûte
domine la situation. On se laisse surprendre par les finesses
d'écriture de cette musique séculaire d'apparence
si contemporaine.
Après cette mise en bouche onctueuse, il est temps pour
eux d'accueillir leurs invités. Drapée dans un sari
aux lumineuses couleurs, Zarsanga ne trahit pas son nom. Suivie
par ses musiciens, "Roseau d'or" s'assied au centre
de la scène. Magali Imbert et Garth Knox fêtent son
arrivée en lisant quelques pages de poésie d'amour.
Puis l'ancienne bergère devenue étoile du peuple
Pashtou entonne un hymne enjoué.
Aux tablas, Shahzada pose un rythme bondissant comme on déroule
un tapis devant une princesse. De son luth afghan rubâb,
Mahabat Khan tire des accords soyeux. Au détour d'une rime
sensible, ses deux musiciens jouent en sourdine avant de repartir
sur un rythme encore plus enjoué. La flûte de Magali
Imbert vient voleter autour de la voix de Zarsanga. Après
un deuxième chant, la chanteuse d'origine afghane ferme
les yeux pour déguster les arabesques que Michaël
Grébil extrait de son oud. Le percussionniste égyptien,
qui la veille au soir a participé à l'enchantement
que fut le spectacle initié par Carlo Rizzo, Trans(e)tambourins,
est ici aussi très à son aise, son riqq imite les
mille saveurs de l'Orient.
Chants européens anciens et mélodies d'Asie centrale
alternent. Entre deux suites, Magali Imbert lit des vers d'amour
et de désir d'où les soubresauts de la chair sont
clairement nommés. "Ô luth que je veux voir
en pièces! C'est moi qu'il aime, mais c'est toi qui gémit
entre ses bras". Plus on avance dans ce concert, plus
les deux mondes se rapprochent, l'Ensemble Galata intervient de
plus en plus souvent dans les chants pashtous, les musiciens de
Zarsanga s'immiscent dans les phrases délicates des français.
Les derniers instants ressemblent à une parfaite communion,
les deux univers s'accouplent et l'on sent que la fusion amoureuse
que décrivent les poèmes des deux traditions prend
vie entre les notes.
A la dernière minute, quand tous se relèvent, on
découvre dans les yeux de chaque musicien cette lueur de
bonheur propre aux amants qui viennent de se célébrer.
Benjamin
MiNiMuM
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Vidéo
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Zarsanga
& l'Ensemble Galata
"Une soirée à la cour d'Antioche"
3'03" |
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