Edito
[Jeudi 27 novembre 2003]
Cabaret Matiss - Ancien Musée de Grenoble


18h

Pour l'inauguration de la 15ème édition des 38e Rugissants, personnalités locales et nationales, membres de l'équipe du festival, journalistes et intermittents du spectacle sont réunis dans la salle Matiss de l'ancien Musée de Grenoble.
Les militants des professions du spectacle vivant prennent d'abord la parole, expliquant leur mécontentement, leur crainte et leur action. Puis le directeur artistique de l'événement, Benoît Thiebergien, lit un fort joli texte où il fait revivre 15 années de spectacles atypiques et innovants, plaçant cette nouvelle édition sous le signe du bilan artistique du remix poétique. Ensuite, édiles et représentants de la ville et de la région se succèdent. Ils réaffirment leur soutien sans réserve aux orientations courageuses des 38e Rugissants, annoncent la réouverture prochaine de la maison de la Culture de la Ville, ou émettent des doutes quant au bien fondé de la première intervention. Cette série de discours brefs se termine par l'allocution gênée d'un représentant du Ministère de la culture qui, sous les huées du fond de salle, prend position pour le dialogue.
Avant qu'un débat sur l'état de la culture ne s'ouvre dans quelques jours à Paris, tout le monde se retrouve dans le hall de la bibliothèque pour échanger remarques et opinions autour d'un verre.



20h
Ensemble Sphota : "Episode Résonant"


Alors qu'une boucle d'agitation diluée emplit l'atmosphère sonore, un écran circulaire nous offre le rare privilège de voir les artistes dans les dernières minutes qui précèdent leur arrivée sur scène. Le spectacle musical avec dispositif audiovisuel et scénographique de l'Ensemble Sphota a déjà commencé.
Ils sont assis au coin d'une table et discutent tranquillement. Le grain de l'image un peu forcé nous offre un reflet fantomatique de ce qui se déroule à une cloison de distance. Ils se lèvent et arrivent dans la lumière. Sans vraiment saluer, ils font face au public comme d'autres le feraient à la fin d'un spectacle.
Au centre, l'objectif de la petite caméra numérique est tourné contre la paume de Samuel Sighicelli qui bientôt rejoint son piano demi-queue, son sampler et ses orgues électroniques. Alors que le co-concepteur de l'histoire, Benjamin Dupé, empoigne sa guitare, Mathieu Fèvre retrouve ses clarinettes et Benjamin de la Fuente son violon. L'œil vidéo diffuse des images de gare, on reconnaît des musiciens, on découvre d'autres personnages.
Les instruments re-sonorisés sont utilisés par leurs extrémités, attaques à la naissance des cordes ou clapotis des mécaniques. Le violon crache comme une guitare rock, le piano grince ou trépigne. Même si parfois ils laissent découvrir leur nudité, chaque timbre est remis en question, mais tutoie les images qui défilent. Farandoles de rails et de trains, scène tendue autour d'une caisse de guitare, doigt lisant un texte en braille. De la Fuente et Dupé s'affairent derrière une table de mixage pendant que la caméra de Sighicelli ausculte le saxophone et le jeu de Fèvre. La guitare est aussi mise en scène, des cordes sont cisaillées, un fond de caisse est assemblé chez un luthier. Une jeune aveugle joue de la clarinette dans une église et le violoniste quitte la scène pour disséminer ses notes entre les rangées de spectateurs.
Le plus souvent, les quatre instrumentistes improvisent, entre eux comme avec les personnages, parfois les machines jouent seules et chaque épisode sur l'écran résonne sur la scène. Un cours de piano tourne mal lorsque le jeune élève, laissé seul, fait tomber un portrait de Beethoven. Ce meurtre symbolique de l'harmonie, ponctué par les tintements de triangles et de bols de l'Ensemble Sphota, est ensuite suivi par l'assassinat du tempo quand un métronome chute d'une fenêtre. Les musiciens rangent eux-mêmes la scène, pieds de micros et pédales d'effets retournent dans leur caisse. La caméra du pianiste balaye le sol et nous montre les instruments là où ils étaient disposés, continuant le parcours du film tourné plus tôt dans la journée, la caméra se tourne vers nous et nous dévoile des chaises vides.
En mettant en abîme la réalité et sa manipulation, les musiciens, qui portent le nom d'une explosion survenant lors d'un bouillonnement d'énergie, questionnent les liens étroits entre le chaos et la création.

Le site de l'Ensemble Sphota

Benjamin MiNiMuM



Galerie d'Images


Vidéo

Ensemble Sphota
"Episode Résonant"
3'12"


Interview

Benjamin Dupé
de l'Ensemble Sphota

(par Prisca Djengué)
9'16"



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