Edito
[Mercredi 3 décembre 2003]
Bibliothèque - Ancien Musée de Grenoble


22h
Woudi-Tat : "Entrez en résistance"


Parce que ce spectacle ne se déroule qu’avec la complicité volontaire du public, parce que tout ce qui se passe est filmé, il nous est demandé d'"Entrer en résistance" et d’accepter ou non d’être immortalisé. Ce visa accordé, nous entrons dans la grande bibliothèque où nous nous déchaussons et prenons place autour de l’impressionant dispositif imaginé par le compositeur Woudi et la plasticienne Isabelle Tat.
Un carré de moquette a été déroulé sur toute la largeur de la bibliothèque. Au dessus, 15 plaques rectangulaires de métal perforé constituent le sol de cette terre de résistance. Des lignes, des courbes et des objets géométriques de caoutchouc vivement colorés forment le paysage. Quatre moniteurs vidéo bordent l’installation.
Alors que les spectateurs prennent place, le chorégraphe Eric Martin et la danseuse Clémence Gaillard s’échauffent. Eric Martin va à la rencontre du public pour y trouver un premier partenaire. Il l’emmène à la découverte du "Touchemoilophone".
Ils se tiennent par la main et déambulent lentement à travers le décor, Eric Martin cherche à créer un contact avec son cavalier et esquisse des gestes propres à suciter son interréaction. Leurs corps se tordent, leurs mains se touchent. Alors surgit un son qui se répète lorsque le geste se reproduit ou s'accentue quand la pression tactile s'intensifie. Le danseur et l'anonyme poursuivent alors une relation dont la musique et la chorégraphie dépendent de leur intimité. Alors que ce premier couple termine leur rencontre, Clémence Gaillard introduit un nouveau volontaire sur la scène.
Ce chassé-croisé des danseurs se répétera ainsi durant tout le spectacle. Ce processus met en jeu les capacités d'improvisations de chaque intervenant, mais fait aussi ressortir les traits de caractères. Certains spectateurs-acteurs entrent en résistance, cherchent à comprendre ou à défier les danseurs, d'autres jouent le jeu au maximum et ouvrent des pistes expressives sur lesquelles le danseur peut rebondir, poussant l'illusion jusqu'à nous faire croire qu'ils avaient préparé leur intervention avec les interprètes.
Sur la plaque, il existe 6 zones distinctes de palettes sonores: mélodies, percussions, nappes, accords, ambiances et bruits violents. Les danseurs sont munis de chaussures qui permettent aux informations sonores de circuler. Derrière la console, le compositeur peut à l'intérieur de chaque gamme laisser agir un sous ensemble sonore. À l'aide d'une caméra, la plasticienne suit chaque mouvement qui est rediffusé sur les écrans.
La proposition est éminemment poétique et semble lutter contre la tendance de nos sociétés refroidies à limiter au maximum les contacts humains. Chaque rencontre se transforme en scènette, qui tient du mime ou de la danse, imite le combat ou l'ébat amoureux. La performance se termine par un solo d'Eric Martin suivi d'un duo avec Clémence Gaillard. Ensemble, ils provoquent un dernier orage électronique, une dernière figure de danse, un dernier acte d'amour.

Le site de Woudi-Tat et de la Compagnie des Colis-bruits

Benjamin MiNiMuM



Galerie d'Images


Vidéo

Woudi-Tat
"Entrez en résistance"
3'16"


Interview

Woudi
(par Mélanie Rhinan)
9'41"



Les vidéos et interviews sont au format Real One Player [Téléchargement Gratuit]