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Edito
[Samedi 29 novembre 2003]
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15h : Bibliothèque - Ancien Musée
de Grenoble
Thierry Pécou & Jorge Lopez
Palacio : "Les
Rêves du Jaguar"
Le spectacle "Les Rêves du Jaguar"
est né de la rencontre du couple Yaki Kandru (spécialistes
des instruments amérindiens de Colombie) et de Thierry Pécou
dirigeant l'ensemble Zellig et le CNR de Grenoble. C'est aussi un
coup de foudre pour une salle à fort potentiel artistique:
la bibliothèque de l'ancien musée de Grenoble.
Dispersé d'un bout à l'autre de celle-ci, chaque ensemble
entame un dialogue musical imprégné de mythologie
maya, invitant les spectateurs à se déplacer à
travers un espace formidablement maîtrisé.
La scène et la salle se confondent et se mélangent,
les sons s'éparpillent, se rencontrent et se répondent
grâce à une résonance acoustique saisissante.
Les instruments amérindiens ajoutent une touche mystique
aux compositions de Thierry Pécou.
La pureté des sons évoque un voyage nocturne à
travers un univers félin, celui du jaguar rouge qui court
vers les entrailles de la terre.
A écouter, à voir, à vivre absolument.
Norig LE GOARANT & Fabrice TORTEL
16h : La Maison de la culture à
Bouchayer-Viallet - Grenoble
Laurent Bigot : "Le
Petit Cirque"
Sous le plus petit chapiteau du monde (1 mètre
de diamètre), funambules, trapézistes, acrobates,
clowns et animaux savants n'ont pas besoin d'orchestre, ils sont
tous musiciens.
La piste est truffée de micros reliés à une
table de mixage et chaque mouvement, chaque accident est non seulement
amplifié, mais révèle la nature profonde des
personnages venus faire leur numéro.
Sur un fil tendu entre deux mats de cocagne, deux animaux de plastique
se disputent le territoire. En se querellant, l'oiseau de proie
et l'araignée déclenchent des grincements et des cris
électroniques. La danse des hamsters mécaniques s'accompagne
d'une ritournelle abstraite. Le furet courant derrière son
ballon chuinte, les pas de la fildefériste crissent. De temps
en temps un événement sonore extérieur apparaît,
écho fantomatique d'une foule, voix de clowns tirées
d'une bande magnétique déréglée. Monsieur
loyal, chef d'orchestre et maître de cet univers poétique,
Laurent Bigot, a puisé dans ses souvenirs pour créer
ce spectacle miniature qui replonge les grands dans leur enfance
et projettent les petits dans le futur.
17h30 : Auditorium du Musée
de Peinture - Grenoble
Sonia
Wieder Atherton & Françoise Rivalland
Les caresses précises de l'archet
de Sonia Wieder Atherton donnent à chacune des pièces
qu'elle interprète en solo un caractère délicat
et recueilli. Sur une prière juive traditionnelle, "Les
mots sont allés" de Lucien Berio ou la suite n°II
en ré mineur de Johann Sebastien Bach, elle joue avec les
notes, les frottements ou les silences. Entre chaque morceau, elle
retient son souffle comme un plongeur avant un saut vertigineux,
et tout au long de son vol, l'ivresse nous gagne. Françoise
Rivalland la rejoint. Elles interprètent "Profils"
de Georges Aperghis, pour zarb (percussion iranienne en terre cuite)
et violoncelle. Aux coups d'archet énergiques et aux fins
glissandos, répondent des frappes élastiques sur la
peau de la percussion et des coups francs portés sur la caisse
accentués par la présence de bagues sur les doigts.
Après l'entracte, elles reviennent, cette fois le violoncelle
dialogue avec un santour. Françoise Rivalland joue avec
de fins marteaux de bois ou fait chanter une corde unique à
l'aide d'un tissu, provoquant un léger bourdon. La percussioniste
utilise aussi un daf en peau de serpent, le tambourin iranien
à large cadre qui ponctue la mélodie syrienne avec
grâce.
Qu'elles interprètent les grands compositeurs classiques,
les créateurs contemporains ou des airs anciens du pourtour
méditerranéen, les deux artistes offrent un point
de vue unique, noble et généreux de la virtuosité.
20h : Hexagone - Scène nationale
de Meylan
Carlo Rizzo : "Trans(e)tambourins"
Pour ce spectacle, Carlo Rizzo a réuni
quatre percussionnistes uniques venus de quatre continents et cultures
différentes. Ils commencent par faire chanter leurs tambourins
traditionnels. Ensemble, le tamburello de l'italien, la kanjira
de l'indien Ravi Prasad, le pandeiro brésilien de Paul Mindy
et le riqq de l'égyptien Adel Shams el-Din ignorent joyeusement
les frontières en mélangeant rythmes et timbres en
une union harmonieuse.
Par la suite, ce sont des joutes joyeuses lors desquelles les
peaux rebondissent et les clochettes vibrent. Aux percussions
(djembé, derbouka, berimbau ou le tambourin polytimbral
aux mécaniques étonnantes, conçu par Carlo
Rizzo) les musiciens mêlent d’autres sonorités
: clarinettes, flûtes ou chants de chacune de leur civilisation.
Ces musiques d'essences apparemment opposées réussissent
là ou souvent les mots échouent. Ils créent
un langage universel et le moindre son s'enrichit de celui auquel
il répond. Les rythmes, qu’ils viennent du Nordeste
brésilien, de la musique classique orientale, d’Italie
ou d’Inde du sud, sont souvent mélodiques et enthousiasment
autant le public que leurs auteurs, ravis et surpris d'une si
belle cohérence. Chaque instrumentiste, déjà
virtuose, est stimulé par les trouvailles de leurs compères.
A la fin, leur gaieté contagieuse pousse la salle à
se lever. Au rappel, ils s'approchent du bord de la scène
et tour à tour font répéter à la foule
une phrase rythmique dans leurs dialectes. Après cette
heure et quart de rencontre international, italien, arabe, portugais
ou dialecte d'Inde du Sud nous paraissent beaucoup moins étrangers.
22h : Hexagone - Scène
nationale de Meylan
Camel Zekri : "Warda"
Seul à la guitare, Camel Zekri
distille des notes limpides. Derrière lui, sur un écran,
un soleil numérique se lève, à moins qu'il
ne refuse de se coucher. Cet astre lumineux, c'est Kamel Maad qui
le crée en direct à l'aide d'une petite caméra.
Zekri chante, Warda, la rose, ne va pas tarder à éclore.
Déjà le Diwan de Biskrat entre en scène, Karkabous,
gumbris et derbouka en avant, cette formation de l'est algérien
perpétue une musique traditionnelle de transe. Proche en
apparence de celle des gnawas marocains, elle trouve sa source,
comme nous l'expliquera plus tard Camel Zekri, du côté
du Niger. Mais ces paysages n’apparaîtront qu’en
fin de voyage.
Pour l’instant, nous traversons le désert. Le vidéaste
traite en direct ses images d’archives, dunes et bosquets,
portraits animés des musiciens et de leurs instruments. On
découvre la cornemuse en tête de chèvre typique
de cette région du maghreb, ses sons lancinants sont accompagnés
par une guitare au timbre à la fois clair et saturé.
Lorsque la caravane arrive au sud, Camel invite la guitariste chanteuse
de Béchar Hasna el Becharia. Ensemble ils ont produit un
très bel album, où l’algérienne, exilée
en France, a pu exprimer ce blues que les fanatiques de son pays
voulait empêcher de retentir. Elle chante deux chansons de
sa voix tendre, son jeu de guitare incisif et pertinent inspire
à Camel Zekri des accords aériens. Pour l’air
traditionnel qui suit, elle prend les karkabous, ces castagnettes
de métal que peu de femme savent manier. Nous arrivons à
Nouakchott et Hasna céde la place à la diva mauritanienne
Malouma. Drappée dans une fine étoffe bleue, les bras
ouvert, elle s’offre au public. Sa première chanson
est un texte qu’un poète emprisonné a composé
sur ordre de son geolier. Une autre chanson et Malouma disparaît.
C’est au terme de cette aventure que Camel explique les origines
de la langue Hajmouh qu’emploie les membres du Diwan.
Pour le final, les musiciens sortent les grands tambours et défilent
le long de la scène, puis entament un tour de la salle qu’ils
quittent en attirant une foule dansante et comblée par cette
soirée exceptionnelle.
Benjamin
MiNiMuM
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Vidéos [1]
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Thierry
Pécou & Jorge Lopez Palacio
"Les Rêves du Jaguar"
3'16" |
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Laurent
Bigot
"Le Petit Cirque"
3'14" |
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Sonia
Wieder Atherton & Françoise Rivalland
3'08" |
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Carlo
Rizzo
"Trans(e)tambourins"
2'59" |
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Camel
Zekri
"Warda"
3'08" |
Interview
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Carlo
Rizzo
(par Prisca Djengué)
7'33"
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