Edito
[Vendredi 28 novembre 2003]


20h : La Rampe - Echirolles
Antonio Placer : "Domptelio" - Le Son de toute chose


Antonio Placer et ses invités commencent par évoquer des hommes et des femmes meurtris, "Ces gens qui achètent des colliers anti-tics pour améliorer leurs vies de chiens".
Au début de Domptelio, le chanteur poète galicien, son alter ego dauphinois Laurent Berger et les sirènes sardes Elena Ledda et Simonetta Sorro, chantent l'errance et les peines. La poésie navigue sur les accords du piano sarde de Riccardo Leone ou les prouesses du guitariste, percussionniste macédonien Stracho Temelkovski, mais elle se déclame aussi et se lit traduite sur l'écran. Parfois crue, souvent tendre, elle est sincère et n'ignore pas que la vie est un labeur, ni que le bonheur s'arrache au bout du chagrin.
Quatre voix qui, ensemble ou à tour de rôle, se mêlent, se distinguent ou se donnent la réplique en proposant à leurs langues maternelles de trouver résonance. La guitare découvre un dialecte apaisé, le piano un chant allégé. Hommes et femmes se sentent astres "Je suis dans la lune et ma folie est le miroir de l'amour", "Que serait-il du soleil, ma joie, du soleil sans son ombre?" Apaisés par l'amour et leurs belles différences, les humains des deux sexes peuvent accepter leur destin.
Sur la scène, l'échange est réel, il y règne affection et respect. Complices, chacun trouve sa place. Antonio Placer nous rappelle qu'il est espagnol lorsque, avec Stracho Temelkovski, ils jouent des palmas, cette percussion à mains nues du flamenco.
Il nous prouve que chaque humain est un univers. Si l'on pense aux ancêtres que l'on possède dans les 800 dernières années, on pourrait en peupler la terre. Entre les morceaux, les paroles gardent la même importance, elles nous encouragent à nous sentir mieux au cœur de l'épreuve. En guise d'exemple, au rappel, le galicien évoquant la mer noire qu'est devenu le rivage de sa terre natale imagine un poulpe que son amoureuse trouve beau dans sa queue de pie. Elena Ledda, sa vieille complice, revient faire un ultime duo, puis les autres les rejoignent. Ils chantent, ils jouent, ils rient, ils disent au revoir.



22h : Cabaret Matiss - Ancien Musée de Grenoble
Camel Zekri, Atau Tanaka & Zack Settel


Ces 3 hommes, issus de 3 continents, l'Afrique, l'Asie et l'Europe, ont lié leur pratique musicale aux technologies les plus avancées.
La guitare de Camel Zekri et le micro qui transporte le souffle de Zack Settel sont reliés à des programmes informatiques. Atau Tanaka utilise la BioMuse, un système à base de capteurs sensoriels fixés sur ses bras qui captent la moindre oscillation musculaire pour la retranscrire en information sonore.
Ils ont beau utiliser un appareillage des plus moderne, les images qu'ils en tirent semblent vouloir nous ramener aux origines de l'humanité. Tout est encore incertain, les matières s'agitent et se froissent, les formes naissantes s'entrechoquent. Les borborygmes de Zack Settel cherchent un langage, sous les diodes du musicien japonais, la peau est en mutation, les cordes de la guitare pourraient inventer la mélodie si elles ne se heurtaient à leurs propres échos.
Les paysages qu'ils suggèrent sont embryonnaires mais l'eau déjà coule et bientôt les irrigue. Vents solaires et tempête d'électrons rythment la naissance de glaciers.
Le moindre soubresaut du corps d'Atau Tanaka provoque une brise ou nourrit une bourrasque. Zack Settel utilise aussi un doudouk (clarinette arménienne) pour compléter son alphabet. Sous les doigts de Camel Zekri, un monde se dessine. Ensemble ils créent un nouvel univers qui peu à peu s'extrait des traumatismes de l'ancien et définit des horizons inédits.

Benjamin MiNiMuM


 
Galerie d'Images


Vidéos [1] [2]

Antonio Placer
"Domptelio"
3'28"


Camel Zekri Trio
2'51"


Interviews [1] [2]

Antonio Placer
(par Prisca Djengué)
9'45"


Camel Zekri, Atau Tanaka & Zack Settel
(par Prisca Djengué)
12'59"



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