Edito
[Mercredi 26 novembre 2003]
Hexagone - Scène nationale de Meylan


14h
"Miserere" d’Arvo Pärt - Concert-lecture


"Miserere", œuvre liturgique du compositeur lituanien Arvo Pärt, est au programme du baccalauréat, et cette présentation face aux élèves des terminales de musique de Grenoble est une belle occasion de présenter l’auteur et son œuvre.
Après le Magnificat de Pärt, interprété par le chœur du concert de l’Hostel Dieu, l’universitaire, musicologue Patrick Revol se charge d’approfondir nos connaissances. Influencé par la musique sérielle de Schoenberg, cet ancien ingénieur du son de la radio d’Etat de Tallin est souvent confronté à la censure à cause de ses inspirations religieuses. De 1968 à 1976, il s’impose le silence pour revenir avec "Für Alina", une œuvre révolutionnaire qui assoira son style minimaliste qualifié d’essentialiste. Composé entre 1988 et 1989 puis modifié en 1992, "Miserere" est basé sur un psaume de pénitence et sur le Dies Irae du Requiem et se joue autant des notes, jouées ou chantées, que des silences. Œuvre aérienne et profonde, chaque étape est décomposée et explicitée par le conférencier puis illustrée par les musiciens de l’Ensemble Orchestral Contemporain et le chœur du concert de l’Hostel Dieu.
Après l’analyse des subtilités de cette composition qui conjugue mélodie modale et technique du syllabisme, "Miserere" est interprétée une nouvelle fois de bout en bout sous les applaudissements frénétiques des lycéens.



20H
Arvo Pärt, Frank Zappa, Fausto Romitelli


La soirée démarre sur l’annonce d’un représentant des intermittents du spectacle, il nous avertit des dernières actions entreprises par la confédération d’Isère, avant de laisser la place à une nouvelle représentation de "Miserere". Fluide et posée, la beauté austère de l’œuvre agit en profondeur sur le public largement composé de jeunes étudiants. Après l’entracte et un changement de plateau, Daniel Kawka prend place au pupitre de chef d’orchestre laissé libre par Franck Emmanuel Compte . Sous sa direction, l’Ensemble Orchestral Contemporain interprète "Professor Bad trip : lesson III" de Fausto Romitelli. Piano, cordes, cuivres et percussions dépeignent l’univers du jeune compositeur italien. On s’imagine dans une ville qui se dérègle, les bribes de swing d’un Big Band de jazz s’accouplent à des rythmes rock concassés. Larsens et dissonances côtoient des ambiances mécaniques et nous entraînent loin du recueillement de "Miserere", nous plongeant dans les mille et un chaos de l’homme moderne.

Disparu il y a dix ans, Frank Zappa, qui était perçu à ses débuts comme un rebelle iconoclaste et provocateur, rejoint aujourd’hui les rangs des compositeurs contemporains les plus respectés. "The Perfect Stranger" fut écrite pour un orchestre classique à l’invitation de Pierre Boulez. Cette pièce, qui narre les aventures d’un représentant de commerce tentant de fourguer un aspirateur mutant à de braves citoyens américains, démarre sur des accords languides pour se terminer en symphonie pour dessins animés débridés.

"The Yellow Shark" est l’ultime composition du guitariste et, à l’écoute des extraits qui sont interprétés ce soir, symbolise parfaitement l’œuvre atypique de Frank Zappa. On y retrouve des influences du blues et des échos de fanfares déjantés. Des envolés de violons sous hélium et des solos de guitares survitaminés croisent des bruits concrets comme l’imitation d’un métronome par une petite percussion ou les rires orchestrés des musiciens. Des instruments commencent des phrases que d’autres terminent. Les styles et les images se superposent comme s’il s’agissait là d’une musique de film pour un réalisateur hésitant entre péplum, comédie romantique et science fiction.

Benjamin MiNiMuM



Galerie d'Images


Vidéo

Ensemble Orchestral Contemporain
"The Perfect Stranger" de Frank Zappa
2'56"



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