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Edito
[Samedi 6 décembre 2003]
Le journal de bord 2003 a été réalisé
sous la direction de Mondomix:
- Benjamin
MiNiMuM (Textes, Photos, Vidéos et Coordination)
- Emmanuel
CAMALLONGA (Multimédia)
Et la collaboration efficace de:
- Prisca
DJENGUÉ (Interviews, Vidéos, Secrétariat de Rédaction)
- Christophe
GENEVEST (Texte sur "RU Investigating Something?")
- Norig LE
GOARANT (Texte sur "Les Rêves du Jaguar",
Interviews, Vidéos)
- Hicham
HALIMI (Vidéos)
- Ingrid
MANSIER (Interviews, Vidéos)
- Fabrice
TORTEL (Texte sur "Les Rêves du Jaguar",
Vidéos)
- Mélanie
RHINAN (Interviews, Vidéos)
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16h : Place St André - Grenoble
Pierre Sauvageot : "Le
concert de public"
Dès 15H00 une drôle d’agitation règne
sur la place Saint André. Alors que, sur un côté
de l’espace public, des ingénieurs du son vêtus
de tenues blanches et de chapeaux colorés s’affairent
autour de la console, des jeunes gens vêtus de la même
façon et munis de micros perches, assistent les chefs d’orchestre
en queue de pie. Ils sillonnent la place à la rencontre
du public qu’ils préparent à rejoindre l’orchestre
et dont ils tirent déjà quelques sons en vue du
concert à venir.
L’air est frais mais l’atmosphère se réchauffe
: couples, familles ou individus venus des quatre coins de la
ville arrivent avec le sourire, anticipant le plaisir qu’ils
vont connaître dans quelques minutes.
A 16H00 la place Saint André est aussi animée qu’une
kermesse ou un marché. Des enceintes, disséminées
autour de la place, s’élève une vibration
musicale. Pierre Sauvageot apparaît dans l’encadrement
d’une fenêtre surplombant la foule. Il se présente
au public et de quelques gestes des mains, orchestre les variations
d’amplitude des applaudissements. Il rejoint ensuite le
centre de la place où l’attendent ses co-chefs jugés
sur une petite estrade.
Les quatre conducteurs d’orchestre, 3 hommes et une femme,
jouent leur rôle avec humour, accentuant les gestes, caricaturant
les postures et les mimiques.
La foule a été divisée en quatre groupes,
chacun d’entre eux a reçu des accessoires simples
: bouteilles ou verres de plastiques, sifflets en tous genres,
tuyaux de plastique, ballons de baudruche ou casseroles. Les spectateurs-interprètes
suivent les directives de leur chef attitré, il en sort
des rythmes qui se croisent, des mélodies qui se superposent
dans une ambiance débonnaire.
Pendant l’exécution de cette œuvre est distribuée
la partition du troisième mouvement nommé «
In Futurum » de « La musique de l’inflation
» de Erwin Schulhof, compositeur tchèque mort
dans un camp de concentration nazi. Il est demandé aux
interprètes de secouer l’air avec la feuille en kraft
qui finira par être déchirée. L’un des
moments forts du spectacle est celui pendant lequel on utilise
les arbres à cloches installé tout autour de la
place. Une fois déployé, cet instrument au mécanisme
inspiré des parasols, présente une quarantaine de
petites cloches rangées par pairs que les non musiciens
agiteront en suivant les indications. Tel est, avec les diffusions
d’échantillons collectés au début,
le dispositif le plus sophistiqué de ce concert. La plupart
du temps il est fait appel aux voix, chants, cris, onomatopées
ou grognements du public. Ce spectacle bon enfant reçoit
bien sûr un grand succès et marquera l’histoire
de chaque participant qui accède ainsi au statut d’artiste
éphémère.
20h : Ancien Musée de Grenoble
"Nuit
des 38e Remix"
Pour fêter leur anniversaire, les
38e Rugissants ont imaginé une nuit de relecture de 15
années de spectacles innovants en proposant à
des artistes fidèles de cette manifestation de remixer
leur propre travaux ou ceux d’autres créateurs.
En prologue à cette nuit, les murs du
cabaret Matiss Welcomelent un diaporama des œuvres du photographe
Jean Pierre Maurin qui, depuis
que le festival existe, a pris chaque année sur le vif
compositeurs et interprètes de cette manifestation. Ensuite
nous est montré un film datant de 1989 que le vidéaste
grenoblois Pierre Garbolino
a composé à partir du travail qu’Harry de
Witt et Elise Lorraine ont présenté lors de la
première édition alors que le musée de
peinture était encore actif. Pierre Garbolino a judicieusement
mêlé les images des performers en action avec des
œuvres du peintre espagnol Francisco de Zurbana.
Nous retrouvons ensuite pour la troisième
fois cette année le percussionniste Carlo
Rizzo. Il duelle cette fois avec le compositeur Xavier
Garcia. Les deux musiciens improvisent, l’un armé
de ces tambourins d’exception, l’autre avec ses
machines. Les rythmes des peaux et le traitement des mécanismes
sophistiqués imaginés par le musicien italien
trouvent une réponse pertinente et électroacoustique
dans les manipulations sonores. L’énergie mécanique
et la fièvre électroacoustique font bon ménage.
La séquence suivante se déroule
dans la grande bibliothèque et réveille un des
concerts les plus spectaculaires présentés lors
de cette quinzaine d’années d’évènements
inédits. En 1992 Pierre Redolfi
présentait Crysallis, un opéra subaquatique
qui se déroulait dans la piscine d’Echirolles.
A l’époque, pour profiter pleinement de ce concert,
les spectateurs étaient invités à plonger
dans l’eau pour capter au mieux les sons et les sensations.
Aujourd’hui l’expérience est moins forte
et consiste en quelques nouvelles manipulations de sons et d’images
réalisés à partir de films de l’événement
initial.
En 1994 Jean-Jacques
Birgé avait imaginé la pièce «
Sarajevo suite » à partir de textes du poète
bosniaque Abdullah Sidran et du travail du quatuor à
cordes « Sniper Allée ». Les profits du spectacle
originel ont été réinvestis pour aider
la reconstruction de la Bibliothèque de Sarajevo. Aujourd’hui
le conflit est terminé mais les images de Nicolas Clauss
qui accompagnent la prestation de Pierre Birgé aux machines
et de Pascale Labbé au chant font toujours frémir.
Musique inquiète et voix paniqués nous rappellent
que les guerres ne s’apaisent jamais vraiment tout à
fait et les conflits se déplacent toujours
Après un entracte nous retrouvons un
film de Pierre Garbolino qui
retrace la démarche, les enjeux et la réalisation
du fameux concert de clochers que Llorenc Barber a offert aux
grenoblois en 1998.
Bernard Fort
est aussi un habitué des 38e, il s’y est produit
en 1990, 1991, 1993, 1996 et 2000. Cette année il a puisé
dans ce fonds pour construire « L’invention du
paysage », un voyage acousmatique à travers
son œuvre.
Jean Pierre Drouet
est l’un des compositeurs et musiciens les plus respectés
du monde de la musique contemporaine. Son travail avec les percussions
de Strasbourg et le percussionniste africain Adama Dramé,
ou sa rencontre en duplex avec son complice Georges Aperghis
il y a deux ans, ont à jamais marqué les festivaliers.
Aujourd’hui il rencontre le jeune compositeur Erikm.
La juxtaposition des deux musiciens est détonante. Drouet,
installé derrière un établis muni de micros,
manipule de nombreux objets de bois, de fer ou de verre, les
faisant pleurer, grincer ou chanter sur une planche de bois.
Sa gestuelle est pratiquement identique à celle de son
jeune duettiste retranché derrière ses machines.
Les sons quasi organiques de l’un se marient au mieux
avec les innovations électroniques de l’autre.
Les générations se croisent et croissent ensemble.
En 2000, Serge de
Laubier et son camarade Rému Dury avaient présenté
au public du Théâtre en Rond de Sassenage un spectacle
multimédia créé à partir des meta-instruments
qu’ils ont mis au point. Cette fois Serge de Laubier est
venu seul mais son spectacle est tout aussi impressionnant.
Dans la grande bibliothèque un écran géant
a été installé, ainsi que de nombreuses
enceintes qui permettent la diffusion en spatialisation de la
musique. Son méta-instrument s’est aussi amélioré.
En 2000 il ressemblait à un cycle immobile, aujourd’hui
le dispositif est de taille réduite et se porte comme
un sac ventral. A partir des poignées il dirige l’équivalent
d’une soixantaine de souris commandant des sons, des images
et des déplacement sonores. Sur l’écran
se meuvent des matières électriques ou calligraphiques
alors que dans la bibliothèque résonne une symphonie
qui semble vouloir nous rapprocher du cosmos.
Le final de cette nuit voit la rencontre
de Cyril Hernandez,
qui la veille a réveillé les esprits de la bibliothèque
avec son spectacle « Soli Mobiles-Solo Frappé
» et de Smadj,
moitié du groupe DuOud, joueur de luth arabe et producteur
électronique.
Ensemble ils revisitent avec finesse un concert que feu le grand
maître de oud irakien Munir Bachir donna en 1995 en compagnie
du compositeur slovène Vinko Globokar. Les accords et
les arpèges de Munir Bachir ont été samplés
et traités électroniquement, Hernandez les accompagnent
avec ses bribes bruitistes alors que Smadj y a adjoint des rythmes
et reprend à l’aide de ses propres ouds les thèmes
du regretté virtuose. Après cet hommage respectueux
les deux amis devisent gaiement apportant à ce final
une belle dose de grooves festifs.
Benjamin
MiNiMuM
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Vidéos [1]
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Pierre
Sauvageot
"Le Concert de Public"
3'29" |
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Carlo
Rizzo et Xavier Garcia
"39e Mixture"
3'17" |
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Jean-Jacques
Birgé
"Sarajevo suite et fin"
3'24" |
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Jean-Pierre
Drouet et Erikm
"Faux Contacts"
3'18" |
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Serge
de Laubier
"Puce Muse Remix"
3'02" |
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Duo
Hernandez/Smadj
2'58" |
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