Edito
[30 novembre 2001]
Ancien Musée
de Grenoble (France)

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20H00
"Bunun"
Hexagone Scène Nationale de Meylan
Des représentants de la tribu tawaïnaise Bunun sont descendus de leur
montagne pour nous délivrer quelques-uns de
leurs secrets. Ils se présentent et se comportent sur la scène Nationale de
Meylan comme dans leur milieu naturel.
Les pieds nus, vêtus de leurs costumes traditionnels, ils communiquent entre
eux en chantant.
Leurs polyphonies ponctuent chacune de leurs activités, leur souci
harmonique de chaque instant devant convaincre leurs
dieux mélomanes de récompenser au mieux leurs efforts.
En 50 minutes, nous assistons à une journée type des Bunun. Les hommes et
les femmes travaillent séparément mais dans
la même direction, les hommes s'occupent de la culture du millet, les femmes
le transforment. Les hommes chassent,
les femmes préparent le repas. Parfois ils se rejoignent pour vendre leur
production au marché ou pour s'y détendre
en jouant avec des cônes de bois devenus toupies sous les assauts de leurs
fouets.
La vie des Bunun ressemble à une comédie musicale. Quand les femmes broient
le millet, leurs pillons dansent.
Les hommes préparent leur chasse comme une chorale règle une harmonie
compliquée. Ils nous présentent leurs
instruments rustiques : une planche de bois où sont tendus quelques fils et
une guimbarde rudimentaire.
Paradoxe étonnant, ce seul instant musical spécifique est celui durant
lequel les sons ne parviennent pas à nos oreilles.
En fin de journée, hommes et femmes se réunissent pour se détendre, se
restaurer et surtout partager l'ivresse que
procure l'alcool végétal. Les femmes abreuvent les hommes suivant un rituel
précis, mais ne dédaignent pas non plus
à goûter le nectar. Instant joyeux pendant lequel bonheurs et peines
quotidiens sont remis à zéro, ici pas de prédominance
entre les sexes mais une communion païenne.
Lorsque les
Bunun cessent de feindre la vie pour sortir de scène, la salle entière
se déchaîne pour leur rendre hommage. Une dernière fois, ils nous
accordent les polyphonies magiques de leur conversation avec leur
au-delà et ce soir les dieux des Bunun ont de sérieuses raisons
d'être fiers des habitants du village de Mingde.
20H45
"Eau
Forte "
Pièce musicale de Valérie Joly-Hexagone Scène
Nationale de Meylan
Avant nous, Valérie Joly est montée sur la montagne des Bunun pour tenter de
découvrir, à travers leurs secrets,
des indices sur les origines de l'humanité. L'immensité du projet ne pouvant
apporter de réponse simples en 1h15,
plus qu'un chemin clair nous suivrons un sentier tortueux. Le spectacle
démarre avant que les spectateurs ne prennent
place.
Des voix d'enfants accompagnent un homme qui projette sur lui-même des
instants filmés de vies primitives : galerie de
fourmis, sociétés aborigènes au travail. Surgissent trois femmes relatant de
fugaces entrevues avec des spécimens du
sexe opposé. Le trio prend place sur trois chaises posées devant un
rectangle de grains de riz. Cette surface est le
centre de la pièce, le symbole fort, l'eau-forte.
Visuellement la quête est habile, jolis contrastes, habiles transparences et
superpositions malines. L'évolution des décors
est bien orchestré, les mouvements et les postures des comédiens ne manquent
ni de sens, ni de style.
Mais ce qui est surprenant, c'est la façon dont l'artiste a retranscrit
l'univers sonore des Bunun. Les polyphonies
deviennent atonales et les rythmes se percutent. La gestion des accidents
prend le pas sur la recherche harmonieuse,
la musique va à l'encontre du plaisir. La majorité des spectateurs, déjà
enfermée dans une réflexion ardue, peine
à y retrouver son compte.
Benjamin
MiNiMuM
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Galerie
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Les Bunun
2'54"
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Eau
Forte
2'12"
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