Edito
[08 décembre 2001]
Ancien Musée de Grenoble (France)


Le journal de bord a été réalisé sous la direction de :

Benjamin MiNiMuM (Mondomix.org)

et la collaboration de :

Flore Lagarde (Vidéos, Photos)

Guillaume Pic (Archives 38e)

Julien Villaret (Vidéo)

Maud Mesnier (Interview, textes, vidéos)

Nicolas Audureau (Interview, textes, vidéos)

Olivier Jaboin (Chef de projet)


20H00 "Amakwaya" L'Hexagone scène Nationale de Meylan

Sur une idée de Benoit Thiebergien, Amakwaya propose une audacieuse aventure, confronter les chants contemporains de l'ensemble Soli Tutti aux polyphonies zouloues du choeur Colenso Abafana. Un bleu azur inonde la scène, nous transportant directement à Johannesburg. Un peu désorientés par une chaleur à laquelle ils ne sont pas habitués, les français chantent leurs mélodies écrites sous d'autres latitudes, tentant de leur redonner un sens nouveau. Les africains leur viennent en aide, leur tradition oral rencontrent leur mélodies savantes qui peu à peu se décontractent et s'adaptent au climat.

La rigueur des mélopées européennes, influencée par le naturel instinctif des harmonies africaines, s'adoucit. La joyeuse décontraction du chœur Colenso Abafana transmet un peu de sa sensualité à l'ensemble Soli Tutti qui, maintenant, danse et chante comme jamais il ne l'aurait imaginé.



22H00 "
Djamchid Chemirani et Jean-Pierre Drouet" L'Hexagone scène Nationale de Meylan



On ne pouvait rêver meilleur exemple de ce que peut être une migration esthétique réussie. Un maître du zarb rencontre un maître du zarbi. Une homme qui a acquit autant que l'on puisse acquérir de la pratique d'un instrument partage son imaginaire avec un autre qui n'aime rien tant que démonter les rouages de tout ce qu'il a apprit. Et pourtant entre ces deux musiciens, au parcours en apparence opposé, se joue une osmose peu commune.

Un intense va et vient d'influences mutuelles s'anime dès qu'il se mettent à jouer. Comme si ces deux virtuoses communiquaient, non pas avec leur plus petit dénominateur commun, mais autour de ce qu'il y a de plus particulier chez chacun d'eux. Et ce riche esperanto, au lieu de nous laisser sur place, nous porte vers les plus hauts sommets du jeu rythmique, de l'improvisation musicale. Si le timbre est oriental, zarb contre zarb, l'accord est universel, conjuguant harmonieusement, et sans mauvais compromis le sel de la tradition avec l'essence de la liberté. Djamchid Chemirani et Jean-Pierre Drouet nous donne un exemple implacable de ce que devrait être la communication humaine, ouverte, tolérante et généreuse.




22H00 "Les percussions de Strasbourg et leurs invités" L'Hexagone scène Nationale de Meylan


Les 38e Rugissants s'achèvent avec éclat en réunissant sur une même scène 3 visions, parmi les plus abouties au monde, de l'usage des percussions. Les œillades uniques et singulières des percussionnistes de Strasbourg, le regard séculaire et virtuose du djembefolla Adama Dramé, les clins d'œil superposant innovations et traditions de Carlos Rizzo.

Tout d'abord le rideau se lève sur une forêt d'instruments, entrent les six Strasbourgeois qui exécutent avec tendresse une pièce atmosphérique de Jean-Marc Singier. D'étranges instruments, évoquant les cuicas brésiliennes, y sont mis en vedette. De ces fûts de tailles différentes, traversés de tiges coulissantes, les musiciens tirent des pleurs mélodieux peu enclins à transmettre de la tristesse.

La seconde pièce est l'occasion d'une rencontre avec Carlos Rizzo. Ce grand spécialiste italien du tambourin sait faire vibrer leurs peaux et battre leurs cœurs comme personne. Il s'est affranchi depuis longtemps de la riche tradition de son pays pour aborder les langages contemporains et leur apporter de furtifs accents rustiques. Après ce dialogue européen, la pensée moderne s'affronte avec le rythme initial africain ? Les deux extrêmes percussifs s'entrecroisent d'abord sur une composition de Jean-Pierre Drouet puis sur une autre d'Adama Dramé.

Un seul et antique tambour pour tenir tête à une multitude de propositions. Un maître brillant de la frappe essentielle face à des experts du chemin de traverse. Cela donne un dialogue où alternent les fulgurances intuitives et les savantes hypothèses. Ce processus visiblement bien vécu par les deux parties, renforce les deux points de vue, et au lieu d'en créer un troisième, les rapproche jusqu'à les rendre intime.

Jean-Pierre Drouet qui s'est faufilé sur scène depuis déjà un moment, et s'y comporte comme un enfant dans un magasin de jouets, est rejoint par son ancien maître et ami Djamchid Chemirani et Carlos Rizzo. Dix musiciens d'élite sont alors réunis, formant une palette d'une incroyable sensibilité. Ils nous offrent le privilège d'observer une migration esthétique ambitieuse. Son amplitude s'étend non seulement sur trois continents mais elle prend sa source dans une époque immémorial pour éclore devant nous dans un présent visionnaire. Un présent sur lequel on aimerait bâtir le futur de l'homme, joyeux de se souvenir et heureux de marcher sans peur vers l'inconnu, sans désir de vaincre autre chose que ses propres limites.



Benjamin MiNiMuM


Galerie d'Images


Interview

Djamchid Chemirani
9'28"


Vidéos [1] [2] [3]

Amakwaya
2'02"


Djamchid Chemirani et Jean-Pierre Drouet
5'51"


Percussions de strasbourg et invités
5'51"





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