Edito
[06 décembre 2001]
Ancien Musée
de Grenoble (France)

|
18H00
"Jean-Pierre
Drouet - Solo" Amphidice-l'université
Sthendal de St Martin d'Héres
A priori, ça devait déjà beaucoup l'amuser de donner son concert dans un amphithéâtre. Pouvoir montrer sérieusement, dans un temple du savoir officiel, des choses qui ne le sont pas toujours.
C'est avec un sourire aussi franc que le rouge de sa chemise qu'il accueille son public et les problèmes techniques qui surgissent dès le début du concert. Il prend plaisir à incorporer ce supplément de difficultés à sa démonstration en cinq exercices. Jean Pierre Drouet nous présente le cours ludique d'un percussionniste libre.
Exercice numéro 1 : Dont le thème pourrait être : "Rester ouvert au monde" :
Réunir tout ce que vous pouvez comme percussions exotiques, exotisez un langage imaginaire superposez les deux. Exotica est une proposition du compositeur M. Kagel et Jean-Pierre Drouet l'exécute en maître.
Exercice numéro 2 : " Maîtriser les langages " Avec l'aide de 7
instruments, fabriquer 13 sons voyelles et autant de consonnes que
les attaques sur ces percussions peuvent le permettre. Puis réciter
des extraits de " La vie de Galilée " avec les doigts et la voix.
Habile doseur Drouet possède une diction irréprochable.
Exercice numéro 3 : " Etre habile de ses mains et acquérir des lettres "
G.Battistelli a conçu un livre percussif. Papier, plastique, carton, contre-plaqué, rivets et ficelles comme autant de chapitres que Drouet connaît en profondeur et récite avec verve. Le feuilletage se terminant sur un petit tour de magie, le livre avoue sa condition de conte.
Exercice numéro 4 : "Faire face à toutes les situations en restant en phase avec sa conscience"
Un autre cafouillage technique. Jean-Pierre Drouet tente de culpabiliser l'auditoire " tout marchait à la perfection avant que vous n'arriviez. Toujours très amusé, Il traverse la salle rejoint la console, repart quand il est assuré que tout va mieux. On jure que tout était prévu, tant sa joie face à l'imprévu est sincère. Ensuite le percussionniste débat et se bat avec son imprévisible conscience dont il finit par s'arranger.
Exercice numéro 5 : " Savoir improviser et se bâtir une personnalité cohérente tient à de toutes petites choses"
Il se met à table, fait vibrer les couteaux et les fourchettes et crisser les verres et les rouleaux avec tact. Sa table devient un établi et un terrain de jeu, une surface plane propice aux rêves bruitistes du quotidien.
Sur une pièce de son cru, Jean-Pierre Drouet achève une leçon d'humour et d'inventions magistrale.
19H00 "Miroirs
Numériques" Bibliothèque
de l'ancien musée de Grenoble
Tous les enjeux des 38e Rugissants sont résumés ici. La soirée " les miroirs numérique " est un défi technique, artistique et politique. Luc Martinez responsable de ce concert en réseau aime détourner la technologie pour la partager avec invention et humanité avec des artistes de tous les pays. Ce soir deux liaisons distinctes sont prévues, l'une avec l'école High Tech Le Fresnoy à Tourcoing, l'autre avec l'espace culturel Market Place à Johannesburg. Le Nord et l'Isére charge leurs enfants de servir l'apéritif, là haut de jeunes joueurs de derbouka, ici les enfants du projet " I have a Drum " Rythmes débutants pour initier l'un des points d'orgue d'un festival largement placé sous les éclats de joie des percussions.
Après quelques courts instants de liaison muette, musiciens d' Afrique du Sud et artistes réunis au Cabaret Matiss peuvent s'observer , s'entendre, s'écouter, s'interpeller et se répondre sans délai. Pour certains l'absence physique est dure à surmonter. En Afrique du Sud, on se donne le droit d'être méfiant de la technologie des occidentaux, la disproportion technoculturelle est si forte, mais on joue le jeu. Un chœur zoulou reconstitue des deux côtés du miroir, ici, Victor Mhkizé et une partie de son groupe , là bas le reste du chœur avec Tim Bottinger l'ami zoulou blanc. Les deux parties se recollent immédiatement, chants et danses s'harmonisent et la joie est aussi visible sur scène que sur l'écran.
La dernière partie de la soirée se passe entre Tourcoing et la bibliothèque
et commence par un moment d'anthologie. Jean-Pierre Drouet et Georges
Aperghis se retrouvent et, alors que le premier depuis des années
interprète des oeuvres du second, jamais les deux musiciens n'avaient
joué ensemble en public. Instant magique où le réseau réunit deux
vieux rusés complices que l'on sent habitués à se surprendre et
à s'amuser de tout.
Ensuite des élèves des Beaux-Arts de Grenoble et des élèves de le Fresnoy se sont lancés un défi. Ne pas chercher un échange entre les deux pôles, mais créer un troisième monde fait de leur conjugaison. Sons et images jaillissent en même temps des deux sources, sans conflit, mus par un vent électronique calme et décomplexé. Les jeunes artistes ont adopté les règles et les attitudes du jeu en réseau et les déclinent en proposition créative. Devant nous, deux musiciens sont allongés face à des ordinateurs portables, une violoniste est accroupie à leurs côtés, un quatrième tritureur de sons est assis devant cette scène transformée en chambre. Ils paraissent se cacher comme s'ils étaient recherchés par les polices de l'art numérique ou par peur de trop dévoiler l'intimité de leur jeune identité artistique. Ils savent pertinemment que l'avenir est devant eux.
En traversant les miroirs numériques de part en part, on constate à quel point la création en réseau est un champs d'investigation artistique stratégique. Pour évoluer avec et pour les hommes, la création en réseau doit privilégier comme ce soir les rencontres libres, larges ou inédites qui brassent des idées neuves et généreuses en temps réel.
Benjamin
MiNiMuM
|
Galerie
d'Images
Interview
[1] [2]
 |
Jean-Pierre Drouet
9'28"
|
 |
Luc
Martinez
13'40"
|
Vidéos
[1] [2]
 |
Jean-Pierre
Drouet
2'02"
|
 |
Miroirs
numériques
5'51"
|
Ce site est equipé du serveur Real
G2 pour la diffusion du son et des videos, pour les consulter :
Utilisez
Real Player.
|