Hommes
VS. Machines
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| Nous
avons demandé à chaque artiste que nous avons rencontré
de définir la nature de leur relation avec la machine, voici
ce qu'ils nous ont répondus : |
Olivier Strauch, compositeur (Pétillements d'aurores - 23/11/00)
: "
La machine est un instrument dont je peux jouer, dans la mesure où
je la maitrise. Je me situe comme interprète d'une machine
à qui j'ai donné des consignes de départ, puisque
que la machine ne fait rien d'elle même. Je fais de la musique
et la machine intéragit" |
Patrick
Reboub, musicien (Pétillements d'aurores - 23/11/00)
: "On
utilise des machines qui reprennent des éléments de
la vie quotidienne. La machine est une extension, elle est un outil
dans le sens où l'utilisateur est primordial. En tant que musicien,
je ne me retrouve dans une utilisation des outils que s'il y a un
jeu instrumental derrière, donc une véritable interaction
entre l'homme et la machine" |
Denis
Levaillant, compositeur (Eloge de la radio -
24/11/00) : "J'étais
un des premiers à travailler au groupe de recherche musicale
avec les premiers logiciels numériques de traitement du son
au début des années 80, j'ai contribué à
les écrire. Je trouve cette époque géniale pour
le compositeur, technologiquement. C'est une ouverture extraordinaire.
Mais Eloge de la radio, c'est aussi un hommage de l'homme qui domine
la machine et la transforme en objet d'imaginaire. Je ne suis pas
fasciné par la machine pour ce qu'elle est. L'effet en soi
ne m'interesse pas sauf s'il traduit un son nouveau qui produit une
émotion nouvelle" |
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(Hörspiele
- 24/11/00) :
Laurent
Sellier, compositeur : "Tant
que la machine reste extérieure, on ne peut rien en faire,
il faut se l'approprier. Mais je pratique indifférement le
hörspiele, l'acousmatique, la guimbarde... Finalement, tout
n'est que machine destiné à servir un propos à
un moment ou à un autre"
Gino
Favotti, compositeur : "Sans
machine, la musique acousmatique n'existe pas. On a un rapport un
peu passionnel avec la machine. C'est magique, j'aime ce rapport"
Arnaud Sallé, compositeur :"La
machine est l'outil qui me permet le mieux de m'exprimer"
Darren
Copeland, compositeur :"La
technologie nous permet de faire des montages qui étaient
impossibles à réaliser à l'âge d'or de
la radio. Mais si on doit conserver une part créatrice dans
l'art de la radio, ce sera par le détournement des machines,
et par la part personnelle et humaine qu'il faut toujours garder
en vue "
Jean-Baptiste
Favory, compositeur : "Les
machines, il faut les dompter, c'est tout le problème. C'est
une lutte perpétuelle. Il y a un rapport amour-haine avec
les machines qui peuvent facilement nous réduire en esclavage.
En même temps, c'est tellement extraordinaire"
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Pierre Bastien, compositeur (110m2 - 25/11/00)
: "C'est un prolongement naturel de notre
activité musicale. Il n'y a aucune distance entre nous et la
machine" |
Frédéric Le Junter, compositeur (110m2 - 25/11/00)
: ""On
ne fait pas des machines très performantes et précises.
Il y a une part de hasard dans ce que nous faisons, nos machines ne
produisent pas toujours la même chose. Je suis intéressé
par les parasites, les errements. Les machines, je les construis pour
qu'elles fassent ces incertitudes, sinon c'est emmerdant comme une
autoroute" " |
Rudy Trouvé, guitariste (110m2 - 25/11/00)
: "Si on doit choisir, je préfère être homme
que machine, quand même!" |
Dj Low (110m2 - 25/11/00) : "C'est
un rapport très personnel. Il n'y a pas beaucoup de distance
ici (dans 110m2) entre l'homme et la machine. Sa machine, c'est à
lui, c'est lui" |
Pierre Charial (orgue de barbarie - 26/11/00)
: "C'est
un thème très intéressant l'homme et la machine,
parce que c'est vrai que la machine est un prolongement de la main.
La machine réalise des choses que la main ne peut pas faire.
Avec l'orgue de barbarie, on a une belle démonstration du fait
que la main saisit une manivelle qui actionne des cartons qui sont
des programmes informatiques. La main est une sorte de prolongement
du cerveau en quelque sorte. Je suis très prétentieux
en disant tout ça, mais effectivement il y a tout d'un coup
une intimité entre l'homme et la machine qui est très
étrange et qui fait que la machine peut être poétique.
Elle peut être expressive, elle peut être le prolongement
du bras qui est soi" |
Rémi Dury, compositeur (Puce Muse 38 - 28/11/00)
: "La
machine est un outil qui prolonge le corps et qui permet de dire le
maximum de sens pour un musicien. Les outils peuvent manquer, mais
pas la sensibilité" |
Dany Robert Dufour, philosophe (Puce Muse 38 - 28/11/00)
: "Nous
sommes tous des prématurés, inadaptés à
la vie sur terre. Pour survivre, on a besoin de créer des outils,
un immense attirail de prothèses. Le XXe siècle restera
célèbre comme le siècle de l'invention prothétique.
La caractéristique de ces prothèses, c'est qu'elles
sont cumulables, et donc on arrive dans un monde saturé de
prothèses, ce qui laisse à la fois un espace ludique
et créatif extraordinaire, mais avec le risque que l'on disparaisse,
et que l'on devienne l'adjuvant de la prothèse, ce qui serait
un bien triste sort" |
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(musiques
improvisées - 30/11/00) :
Beñat
Achiary, chanteur poète : "Je
me situe du côté de l'oralité, et je pense que
les machines vont accélérer les possibilités
de l'oralité et l'oralité elle-même. J'espère
beaucoup des machines"
Jean
Schwarz, compositeur :
"J'ai toujours travaillé avec les machines, mais je
les oublie assez vite. Finalement, ce n'est qu'un outil qu'il faut
domestiquer pour l'oublier et rentrer le plus rapidement possible
au coeur de la musique et de l'émotion"
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Atau Tanaka, biomuse (Sensorband - 1/12/00)
: Je me sens envahi par la machine parce que depuis 15 ans je passe
la plupart de mon temps devant un ordinateur Parce que non seulement
j'y fais de la musique, mais aujourd'hui j'y fais aussi ma communication,
mes e.mails. Je commence à sentir qu'il n'y a que l'ordinateur
qui fonctionne dans ma vie. Sensorband c'est un peu une réponse
à ça, car nous sommes dans trois pays différents.
Alors on peut travailler par ordinateur, nous avons déjà
fait de la musique par Internet, mais ce qui m'intéresse avec
Sensorband c'est que nous sommes obligé de voyager, de se rencontrer,
de dîner ensemble, de partager la scène, d'être
ensemble. Alors ça c'est quelque chose que la machine n'oblige
pas, mais c'est quelque chose qu' l'on a envie de faire avec la technologie.
Confronter sur scène le public avec le son numérique,
même si ça veut dire que j'arrive du Japon, que Zbigniew
arrive d'une tournée en Espagne et qu'Edwin était sur
une expo à Taïwan, on se retrouve aujourd'hui à
Grenoble et demain tout le monde va repartir vers leurs projets. Donc
c'est de retrouver à travers la technologie les rapports humains. |
Edwin Van Der Heide ,capteurs (Sensorband - 1/12/00)
: " Pour moi, aujourd'hui c'est une grande chance de pouvoir,
grâce à l'ordinateur ,travailler les sons en temps réel
de façon fluide, de pouvoir changer rapidement de programmes.
Aujourd'hui l'ordinateur est vraiment devenu un instrument." |
Zbigniew Karkowski, capteurs (Sensorband -
1/12/00)
: "Pour moi c'est très simple c'est un outil que j'utilise
depuis une dizaine d'années c'est devenu un instrument. J'ai
le même rapport avec l'ordinateur qu'un violoniste avec son
violon." |
Guy Reibel, compositeur (OMNI - 2/12/00)
: "L'OMNI est plus un instrument qu'une machine, mais je me sens au
coeur de ce débat homme-machine, sans oublier le geste. Le geste se
situe entre l'homme et la machine, il est le trait d'union" |
Georges Aperghis, compositeur (Machinations - 2/12/00)
: "Pour moi, la machine, c'est des circuits. C'est un instrument qui
peut faire des choses extraordinaires, mais elle reste un instrument,
c'est-à-dire que jamais, pour écrire une partition, je ne me servirais
d'une machine. J'ai assez à faire avec ma machine à moi ! J'ai une
culture manuelle,le crayon, la gomme, le papier, donc les écrans,
c'est pas mon truc. L'ordinateur, la machine ne me font pas peur,
mais je suis allergique aux écrans, d'abord pour les yeux, et puis
je trouve ça complètement irréel. Une partition non écrite à la main
et qui apparaît sur un écran, je n'y crois pas, c'est de l'ordre de
la magie, pour moi il n'y a rien (...) Je n'ai pas peur d'être mangé
par la machine, par contre, les gens deviennent des machines. Ils
n'ont pas beaucoup de temps pour leur cerveau, ni pour se reposer,
ni pour écouter de la musique... Les gens sont considérés comme des
objets lucratifs. Il y a une tendance aujourd'hui à profiter d'eux
tant qu'ils ont de l'énergie" |
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