Edito
[27 novembre 2000]
Ancien Musée de Grenoble (France)


 


20H00 "+VLTRA" Théâtre 145

Introduction
Etant donné que depuis quelques jours déjà, les pires rumeurs enflaient, l’idée même de ce concert provoquait des nausées irrépressibles chez la plupart des festivaliers avertis.
Il y avait aussi l’autre aspect, le spectacle que devait être +VLTRA, le mélange sulfureux qui ne manquerait pas de provoquer les habituels vomissements dus au niveau sonore et surtout à l’aspect plastique de la performance.
Etant donné que depuis des années les frères Hurtado se réclament du monde des avant-gardes, tant musicales que plastiques, ils se sentent mission de surprendre leur public à chacune de leurs performances.

1er volet
Au Théâtre 145 une expérience unique et dangereuse est sensée nous attendre. A l’entrée de la salle, la distribution systématique de coton de protection pour les oreilles, préfigure un enfer de décibel. Et lorsque de derrière la scène, s’élèvent les premiers roulements de tambour, c’est toute la salle qui se protège les tympans. Le rideau s’ouvre, le spectacle commence et nous ne pouvons plus que nous poser des questions sur le vrai sens de tout celà. Pour l’ouïe, la tension qui se dégage de leur premier long morceau ne doit ses effets qu’à l’excès de décibels. Si le style musical employé par les deux Hispaniques, se réfèrent bien à des courants avant-gardistes, ceux-ci ne sont plus en vigueur depuis au moins quinze ans. L’époque de Throbbing Gristle, Alan Vega, Lydia Lunch -et tout le courant No Wave- auquelle Etant Donnés se réfère, est révolue depuis belle lurette. Visuellement les choses sont différentes, s’il faut leur reconnaître un certain sens de la composition, c’est bien leur seul atout. Leur provocatrice mise en scène incluant une femme nue et immobile devant une croix lumineuse évoque autant un vitrail de cathédrale que les néons d’un casino de Las Vegas. L’élément le plus gênant de la fresque pseudo biblique, c’est cette femme, tout aussi nue, qui pend attachée à un filin au dessus de la tête des frères Hurtado, agrippant tranquillement leurs pieds de micro hurlant en boucle leur profession de foi : « Nous sommes immobiles ».Le tableau est à la croisée des univers de Jérôme Bosch et de Goya. Ils singent l’esthétique catholique, l’ensemble évoque une crucifixion inversée et quand l’un des frères se met à marcher sur les fauteuils du premier rang on peut penser au Christ sur la mer morte mais le geste et la pose sont volés à Iggy Pop. La prise de risque est minime, ils ne font que recycler l’imaginaire collectif et ne se mettent pas eux-même en danger. Mais quand la performeuse sera descendue de son perchoir évanouie, elle sera directement conduite chez des amis.

2ème volet
Mark Cunningham fait partie de la même vague new-yorkaise, il fut cofondateur du groupe Mars. Une demie-heure durant, il tiendra le rôle de l’ange trompettiste annonçant l’apocalypse. Prenant appui sur des patterns rythmiques modernistes, les notes cuivrées de son instrument décrivent des boucles qui se nourrissent d’elle mêmes, le musicien sample en direct ses propres phrases. Aérienne et aquatique, sa musique a une fonction purificatrice et procure effectivement une certaine quiétude. Le morceau de bravoure de sa prestation est une pièce où la trompette prend la voix d’un homme essoufflé et ivre. La détresse est palpable et l’émotion gagne le public.

3ème volet
Etant donné que les frères Hurtado sont le centre du spectacle, ils viennent conclure le triptyque avec un pastiche de Body Art berlinois . Nus, le corps recouvert de peinture dorée, ils miment un combat de boxe, les coups sont feints et les poses empruntent à une imagerie évoquant l'esthétique allemande des années 40, matinée une nouvelle fois de christianisme pop : croix, tentures rouges et lumière violemment blanche. La musique est tout aussi linéaire et aussi peu inventive. L’esthétique est certes soignée, mais les influences évidentes. Quand aux intentions des frères Hurtado, elles ne dépassent pas le stade de la provocation nombriliste, ce qui ne nous dérangerait pas tant si elles n’étaient pas appuyées par tant de mépris pour les autres et de condescendances pour eux-mêmes.



Textes de
Benjamin MiNiMuM



Vidéo

Vidéo Etant Donnés
3'04"



Musiques

Mark Cunningham
3'10"


Galerie d'Images






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