Edito
[24 novembre 2000]
Ancien Musée de Grenoble (France)


12 h30 "Orchestre de sonocannes"
sur Campus de St Martin D'Hères

Des astronautes sans scaphandres ? Une armée de démineurs adolescents, un commando de chercheurs de métal précieux ? Le groupe étrange qui se forme sur le campus est visiblement investi d'une mission à caractère scientifique, mais celle ci échappe aux premières observations.
Cette armée d'enfants à l'arsenal électronique, n'est pas privée de généraux. Les deux adultes aux ordres desquels elle semble obéir ne nous sont pas inconnus. Hier soir Rémy Dury et Serge de Laubier ont inauguré la 12ème édition des 38éme rugissants et leurs intentions sont moins politiques que poétiques. Ils s'apprêtent à conquérir un espace sonore détenu alors par les émanations phoniques d'une bête kermesse commerciale.
La colonne de petits soldats se met en mouvement, et de leurs lances munies de haut-parleurs jaillit un puissant bourdonnement d'insectes mutants invisibles. Les passants bien sûr sont surpris mais l'inquiétude n'est pas de mise. La métaphore militaire peut cesser. L'orchestre de sonnocannes est attentif aux moindres gestes de leurs chefs et au signal les enfants balancent leurs perches amplifiées au-dessus des trottoirs, ils balaient la rue de ses médiocres souvenirs. Crissants coups de freins, klaxons hargneux et slogans mercantiles se transforment en une tempête de cloches célestes.
Sur la pelouse devant la statue de Calder, mi-gymnases mi-danseurs, le groupe esquisse des figures géométriques : Losanges vibrants, parallélépipèdes sifflants. Ils tournent sur eux-mêmes et entraînent le public. Ils courent, disparaissent et quand une voix à nouveau vante les bienfaits de la poudreuse, les passants, la tête ailleurs, n'arrivent plus à calculer la distance qui sépare le rêve de leurs pouvoirs d'achat.

 


20H30 "Eloge de la radio" à L'Hexagone de Meylan

Pendant une heure vingt, accordéon, violons, contrebasse, cuivres et percussions pactisent avec des casseroles, des bassines, des huisseries et divers outils pour célébrer la radio. Sur scène, tous d'orange vêtus, les membres de l'ensemble orchestral contemporain et les bruiteurs père et fils Louis et Bertrand Amiel suivent la direction de Daniel Kawka dans l'exécution capitale d'une partition de Denis Levaillant. Et puisqu'il s'agit d'une création nous assistons à de l'inédit. Annoncé comme un conte musical, l'affaire évoque un dessin animé radiophonique. Plus influencés par Tex Avery que par South Park, évoquant davantage la TSF que NRJ, la pièce est légèrement nostalgique du futur. Les souvenirs de l'ORTF, de la BBC ou d'ailleurs font bon ménage avec les boogies déstructurés et les sonates hyperharmoniques. Au jeu des mille francs, le spectateur gagne un souffle de vent polaire et le train écrase les compte rendus de catastrophes. Entre la science des illustrateurs sonores et l'art des solistes l'équilibre est maintenu. L'orchestre s'amuse et le chef est joyeux, il quitte la scène un instant, puis rejoint son estrade où, coiffé d'une toque de chef pâtissier, il dirige ses chefs de rang, armé d'une cuillère de bois. Fritures et gargouillis précèdent de gourmandes mélodies, un dessert épicé et une addition sucrée. Comme pour mieux digérer le festin, le final hyperswingue sur des rythmes sauvages. Ce soir les ondes radiophoniques décidément provoquent le plaisir.

22H30 Hörspiele à l'Ancien Musée de Grenoble

Le dernier spectacle de la soirée évoque également les ondes hertziennes, mais il s'agit d'une toute autre histoire. 4 œuvres présentées par 4 jeunes compositeurs, tous lauréats du 4éme concours de création radiophonique. En bonus, Darren Copeland, Gino Favotti, Arnaud Sallé et Jean-Baptiste Favory se sont fait tirer un portrait sonore par un 5ème larron Laurent Sellier. Pendant la diffusion de ces courtes vignettes, les musiciens sortent de l'ombre et s'approprient comme bon leur semble un espace scénique sinon déserté de toute présence humaine. Dans son ensemble l'expérience est austère et la notion de spectacle atteint ici son niveau minimum. Les sons où se mélangent voix et propositions acoustiques oscillent entre l'évocation de récits abstraits et l'illustration du néant. Perplexe, mal à l'aise, ennuyé ou amusé, le spectateur ne partage pas forcément l'avis de son voisin. On ressent comme un manque dont il reste à définir l'importance.

Textes de
Benjamin MiNiMuM

Vidéos

Extrait d'Eloge
de la Radio

3'03"

Extrait de "l'orchestre de sonocannes"
3'

Interviews
Interview
de Denis Levaillant

Interview
de
Hörspiele


Galerie d'Images






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