Edito
[01 décembre 2000]
Ancien Musée de Grenoble (France)


 


Sensorband
Salle Edmond Vigne à Fontaine


La première surprise n’est pas la plus agréable. A l’entrée du concert la distribution de cotons protège tympans ravive les mauvais souvenirs du début de semaine. Mais ici il n’est pas question de cacher la misère sous une tonne de décibels, mais de proposer une version soft du décollage en direct d’un vaisseau sonique surpuissant.
Dans la petite salle Edmond Vigne, le public prend place entre trois petites scènes disposées en triangle. Atau Tanaka, Zbigniew Karkowski et Edwin Van Der Heide viennent occuper chacun une de ces trois bases de commande. La manœuvre démarre à l’ancienne, les musiciens derrière leurs écrans de contrôle vérifient le bon déroulement des opérations. Les infrabasses, s’infiltrent lentement à travers chaque molécule vivante ou inerte telle une brume compacte. Les grésillements parasitaires s’organisent en rythmiques. Un à un, chaque centimètre carré oublie son identité pour devenir matière sonore. Le public ne peut plus y échapper, le public ne veut plus y échapper.
La lumière jaillit sur le poste d’Atau, le musicien japonais, les bras ceints de capteurs, dirige son orchestre musculaire. Chaque pulsation, chaque effort enregistré par sa biomuse est immédiatement recyclé en fulgurance acoustique. Tel un félin électrique, l’artiste lacère l’air ambiant, mais ses coups de griffes de silicium n’infligent de coups mortels qu’aux limites de l’horizon habituel de l’amateur de musique. La poursuite se déplace vers le stand de Zbigniew Karkowsk, le polonais n’a pas changé de poste, assis, il dirige de puissants éclairs soniques qui tournent et enivrent. Puis c’est au tour d’Edwin Van Der Heide de passer de l’ombre à la lumière. Ses capteurs sont des robinets à eau numérique, munis de poignées d’accélération. Nous baignons dans des tourbillons d’azote. Et viens l’instant où les trois pilotes commandent en même temps dans la même direction posant clairement les bases d’une toute nouvelle façon de concevoir la musique. Une méthode qui tente de se rapprocher de l’essence du corps humain, conçue autant pour les oreilles, que pour le ventre ou la peau. Une musique qui parlerait presque à nos particules.

Phil Minton & Bob Ostertag
Ancien Musée

Phil Minton & Bob Ostertag sont assis côte à côte sur la scène du cabaret Matiss’. Ils ressemblent à un duo de flamenco, dont l’instrumentiste aurait troqué la guitare contre un ordinateur portable et le cantaor sa fierté ibérique contre un humour très anglo-saxon. Pendant 1h15 alors que Bob Ostertag va faire glisser son crayon magique sur un palette graphique faisant jaillir toutes sortes d’éclats et de voix, Minton respire bruyamment. Puis il s’emballe, souffle et couine. Docteur Doolittle schizophrénique, il parle aux animaux de la ferme et incarne chacun d’eux. Il revisite la galerie sonore des caractères de chez Disney, et remonte toute l’histoire du dessin animé Popeye inclus. Il chante toutes les nuisances sonores du corps humain. Il porte en lui l’écho de chaque bruit rencontré dans une vie bien remplie.
L’inventaire dure 1h15 et nous n’avons pas entendu deux fois le même borborygme.


Textes de
Benjamin MiNiMuM


Vidéo

Sensorband
3'25"


Voix de Nuit
2'54"


Interview

Sensorband
3'04"


Musiques

Intégralité du concert Live de Voix de Nuit
49'55"


Galerie d'Images


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